Cercle Inter Universitaire
 

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Lundi 28 Septembre 2015

 Conférence de rentrée de Michel MAFFESOLI

 

Le Trésor caché

Une approche singulière de la Franc-Maçonnerie

 

On a l’habitude de lire articles et livres sur la Franc-Maçonnerie de trois types : la dénonciation des réseaux de pouvoir cachés, la défense des Francs-maçons contre ces accusations et d’autres attaques discriminatoires et des ouvrages d’érudition, plutôt historiques.

On peut tenter une  approche tout autre, et, par une démarche compréhensive,  déceler dans les principes fondateurs et les rites de la Franc-maçonnerie ce qui peut intéresser les jeunes générations, ce qui fait son intérêt d’à présent. Et ce  à l’opposé  d’une Franc-maçonnerie qui ne serait qu’un groupement à destination de vieux anticléricaux ou de libres penseurs ; comme le disait Nietzsche « ni libres, ni penseurs » !

On a beaucoup glosé sur le secret maçonnique. Il alimente une partie de la défiance de l’opinion vis-à-vis de la Franc-maçonnerie  C’est ce qui a permis aux divers dogmatismes ecclésiastiques, puis aux régimes autoritaires de la condamner de la persécuter ou d’essayer de l’éliminer. Ce secret est d’abord le silence requis du jeune initié, un apprentissage du discernement. Il est aussi ce qui permet le partage, le lien : le mystère unit les initiés, c’est la quête immémoriale du trésor qui fonde les collèges invisibles voués à la recherche intellectuelle.

Autre « vertu » maçonnique, la prudence, privilégiant une vision relativiste du monde. La sagesse maçonnique est une sagesse humaniste, s’accordant et accompagnant le tempo spécifique de l’humaine nature. Afin de lui faire donner le meilleur d’elle-même, non pas en forçant d’une manière paranoïaque, à aller vers un avenir meilleur, mais en vivant ici et maintenant, au mieux de ses potentialités. De toutes ses potentialités : sens et raison se fécondant l’un l’autre. L’éternelle métamorphose des choses et de la vie, voilà certainement ce qui est au centre de l’ésotérisme maçonnique. C’est par là qu’il continue, sur la longue durée à attirer les jeunes générations.

Car au contraire de ce qu’ils croient, les Francs-maçons sont en phase avec l’époque, la postmodernité naissante. Leur but n’est pas l’affairisme, la politique ou les réseaux mafieux, même si comme dans tout groupement, tout réseau, certains les utilisent à des fins personnelles. Ce qui fait sens dans la Franc-maçonnerie aujourd’hui, c’est la recherche d’une pensée authentique en pertinence avec l’époque. L’humanisme véritable, c’est à dire l’humain en son entièreté ne se résume pas à des préoccupations utilitaires. On ne peut plus envisager l’homme à partir d’un matérialisme désuet dont l’économie est la parfaite expression. Mon ami Jean Baudrillard avait évoqué dès les années 70 ce passage du besoin au désir. « L’homme du désir » mettant en jeu une raison sensible est le cœur battant de l’ordre symbolique cher à la franc-maçonnerie.

De nos jours, la faillite des institutions élaborées tout au long du 19e siècle, la désaffection vis-à-vis des partis politiques, syndicats associations vont de pair avec la renaissance des « tribus » officieuses dont fait partie la franc-maçonnerie. L’afrèrement qu’elle propose permet de pallier le vide spirituel et l’isolement se développant dans les mégapoles postmodernes. La solidarité, l’esprit de tolérance qu’elle préconise conviennent parfaitement aux jeunes générations qui se méfient des dogmatismes religieux, politiques ou idéologiques.

La loi du Père a prévalu dans la modernité : elle séparait, dichotomisait, refusait la différence. La « loi des frères », ou loi des pairs qui prévaut maintenant permet l’interaction : le tiers n’est plus exclu, mais inclus. C’est cela la sagesse traditionnelle, celle d’une « philosophie progressive ». A condition de savoir se départir de l’intolérance et du sectarisme qui parfois prévalent dans les diverses obédiences maçonniques.

Ne trouve-t-on  écho de cette loi des frères dans la sérénité des jeunes générations, l’attitude « cool », les pratiques « wiki » et collaboratives ? Tel est l’enjeu de cette « lettre ouverte aux Francs-Maçons et à quelques autres ».

Michel Maffesoli

Professeur Émérite à la Sorbonne.

Membre de l’Institut Universitaire de France
Membre du CIU

Une initiation universaliste aux cultures et aux valeurs sociétales, scientifiques et ethiquesbr />

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