Cercle Inter Universitaire
 

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Front Républicain, Front de Gauche, Front National, Front Abstentionniste
ou Front Humaniste ?

Par Pierre Chastanier

Devant la gravité de la situation, chômage de masse, croissance molle, fiscalité confiscatoire, sécurité aléatoire, immigration mal contrôlée, système éducatif défaillant, désaveu quasi généralisé des politiques, inquiétudes de la jeunesse, inquiétude des retraités, paupérisation indigne de la France, Europe en bandoulière, planète en péril, chacun voit bien même si son cœur penche à Gauche que la gouvernance actuelle de la France, ses réformettes et ses rétropédalages bien éloignés de l’élan qui conviendrait au Pays (témoin la dernière promesse d’une réforme du Code du travail pour…2018 !) masquent mal une triste réalité qui verra s’opposer des Régionales de Décembre 2015 aux Présidentielles de 2017 , « Les Républicains », les « Socialistes », le « Front National » et le « Front de Gauche », belle cacophonie dont la moitié des Français semblent avoir pris parti , l’autre se rangeant pêle-mêle dans un détestable « Front abstentionniste ».

Or, je l’ai souvent répété, cette opposition quasi irréductible de nos Concitoyens envers un « Front républicain » qui à l’instar de la « Große koalition » d’Angela Merkel serait seul à même de réunir, ne serait-ce qu’un temps, les talents d’où qu’ils viennent indispensables au redressement de la France, tient à cette « fichue » disposition du mode de scrutin retenue par le Général de Gaulle pour l’élection du Président de la République au suffrage universel : celui du scrutin uninominal à deux tours, aggravée par la concomitance récente des scrutins présidentiels et législatifs.

Certes la 4ème République avait des faiblesses incompatibles avec  les exigences, à l’heure de la mondialisation, d’un exécutif moderne, mais une réforme plus judicieuse de cette élection devenue la mère de toutes les autres par l’adoption d’un système uninominal à 1 tour (faisant du Président un « Primus inter pares » n’aurait en rien empêché de maintenir un scrutin majoritaire pour les élections législatives voire un scrutin mixte comme pour les Municipales ou les Régionales.

Le Président, élu pour 7 ans, avec généralement moins de 50% des voix, aurait été un indispensable arbitre à l’instar de TOUS les autres Chefs d’Etats Européens (Présidents, Rois ou Reines) et non le Chef d’un Parti enfermé dans ses promesses électorales et redevable envers tous ses créanciers !

Cette erreur funeste, créant une irréconciliable bipolarisation, a depuis 50 ans profondément divisé les Français : dans les Universités, dans les Entreprises, dans les Familles, l’affrontement politique perturbe vite le dialogue et il n’est que de rares Cénacles comme le nôtre ou quelle que soit son origine politique on peut s’exprimer et être écouté avec bienveillance même lorsqu’on défend une thèse minoritaire.

« Ils soulèvent la poussière et se plaignent de ne pas voir » disait Berkeley. Que penserait-il de nos « politiques » dans les débats télévisés actuels ou personne n’écoute personne, bien éloignés qu’ils sont des préoccupations réelles des Français dont nombre d’entre eux ignorent tout.

A quoi bon discuter d’un Front Républicain lorsque Nicolas Sarkozy affirme « qu'il est hors de question de faire un Front Républicain avec le PS contre le FN » ou lorsque Jean-Christophe Cambadélis, Premier Secrétaire du PS, lance un plaidoyer pour enjoindre ses troupes à ne pas abdiquer et indique « qu’on ne stoppera pas la dynamique électorale du FN à coup de fronts républicains ».

Les Républicains (ex UMP) et à un degré moindre l’UDI (ou plutôt le peu qui reste de l’UDF) ne veulent décidemment pas entendre parler d’union, fut-elle sociale-libérale. Les Socialistes véritablement bernés lors du Front Républicain de 2002 où Jacques Chirac, aujourd’hui considéré avec bienveillance, a délibérément perdu son qualificatif d’ « Homme d’Etat » ne veulent plus retomber dans le piège (à plus forte raison avec Nicolas Sarkozy). La diabolisation du Front national s’estompe légèrement à Droite où un franc succès de Marion Maréchal Le Pen, jeune et belle, ne manquera pas de séduire les amateurs de Star Academy. Quant aux Ecolos et au Front de Gauche, inutile d’en parler, leurs divisions restent la condition de leur existence ! 

De cette querelle il ne restera vraisemblablement que quelques accords locaux de candidats désireux d’abord et avant tout de conserver leur poste coûte que coûte ! « Bon Appétit Messieurs » comme disait Victor Hugo dans Ruy Blas.

Et pourtant si les Hommes et les Femmes de bonne volonté de notre Pays acceptaient de se retrouver momentanément en oubliant volontairement les pancartes qu’ils portaient hier, celles de ces Partis qui étymologiquement séparent, on pourrait sûrement autour des valeurs humanistes que nous défendons réunir une large adhésion du plus grand nombre de nos concitoyens pour choisir parmi eux les représentants les plus dignes de conduire les affaires du Pays, le temps de le remettre en route.

Quelques pistes parmi beaucoup d’autres :

Une démocratie largement représentative : interdiction de cumul des mandats, limitation à deux mandats successifs de chaque type, fin des privilèges indus à nos représentants, aide au reclassement après retour à la vie civile, réorganisation de l’administration territoriale, chasse aux dépenses somptuaires ou superflues,

Un enseignement revigoré : effort généralisé dès la Maternelle, tutorat scolaire obligatoire, parcours différenciés selon les aptitudes, contrôle de l’apprentissage des savoirs fondamentaux et de la formation professionnelle, passerelles à tous les niveaux pour les plus motivés, écoles de la deuxième chance, ouverture plus large du service de l’Etat, revalorisation de la fonction d’enseignant et des responsabilités leur incombant,

Le travail grande cause nationale : lancement d’un vaste programme procurant « un emploi pour tous (travail, formation ou service d’intérêt général)», assouplissement du code du travail, formation professionnelle prioritairement réservée aux chômeurs, adaptation des demandes de formation scolaires aux besoins du pays, accueil au travail des populations migrantes, politique de grands travaux dans tous les secteurs de croissance prévisibles, aide à la création d’entreprises, aide à l’émigration particulièrement dans le cadre de la francophonie, 

Une Santé solidaire : responsabilisation des circuits sanitaires, lutte contre les déserts médicaux, passerelles entre professions de santé, revalorisation de la médecine générale, répartition plus juste des tâches entre une médecine publique socialisée et une médecine privée libérale, modification profonde des modes de prises en charge des personnes âgées ou dépendantes, création de centres de soins dédiés aux bénéficiaires de la CMU,

Une sécurité repensée : lutte ardente contre toutes les formes de délinquance (de la prévention par l’éducation à la répression sans faiblesse), création de Villages d’accueil pour les migrants, rénovation des prisons ouverte à une politique de réhabilitation et de travail pour les détenus, intransigeance sur les infractions au code de la route mais politique de deuxième chance plus accessible,

Une politique européenne renouvelée : lutte contre la gabegie financière des structures actuelles, retour au principe sacro-saint de la subsidiarité, promotion d’une véritable politique européenne commune (défense, affaires étrangères, unification économique et fiscale avec « Ceux qui le veulent »), indépendance dans l’amitié et la coopération avec les USA, rapprochement avec la Russie, développement d’une nouvelle coopération avec l’Afrique, retour à nos anciennes relations avec l’Asie, développement de la francophonie,

Une ouverture au futur : transition énergétique, nouvelles technologies, développement de l’innovation et de la recherche, globalisation du numérique, par l’éducation, la formation, l’aide à la modernisation, l’aide aux brevets, dans le respect d’une éthique humaniste

Quelques points d’achoppement d’actualité :

Les migrants : Alors que le FN fait ses choux gras de l’absence de politique migratoire, on ne peut laisser des êtres humains périr en mer ou s’entasser dans d’ignobles Sangatte sans réagir. Bien sûr que l’immigration doit être contrôlée et qu’un traitement différencié doit être apporté aux véritables réfugiés politiques et aux simples réfugiés économiques qui tentent de profiter de l’amalgame ! Mais plutôt que de rejeter sans cesse le poids de nos erreurs sur des boucs-émissaires, pourquoi ne voyons-nous pas ensemble ce qui peut être fait avec cette main d’œuvre adulte parfois formée qui n’a à offrir que sa force de travail et sa volonté de vivre en paix à nos côtés ? Sachons certes écarter les troubles fêtes ou les infiltrés mais accueillons humainement les vrais demandeurs d’asile. Exemple : On trouve tout à fait normal d’acheter à bas prix des produits chinois mais combien crieraient au scandale si dans des villages d’accueil bien organisés et contrôlés, des populations migrantes, en attente de régularisation administrative, pouvaient vivre tranquillement et travailler aux mêmes salaires que les ouvriers de Shanghai !

Les 35 heures : On attribue à Martine Aubry une réforme des 35 heures qui était en fait un piège que DSK voulait tendre à la Droite persuadé qu’il était d’une victoire de celle-ci aux législatives de 1998. Devant la victoire de la Gauche, il s’empressa de « refiler le bébé » à l’innocente Martine car il savait pertinemment que le travail n’était pas un gâteau figé qu’il fallait partager mais au contraire un gâteau proportionnellement extensible selon la compétitivité des entreprises sur un marché globalisé. Depuis face à des patrons de très grandes entreprises, stars finalement pas traitées très différemment de celles du spectacle ou du football (où comme disait Coluche on voit des Smicards payer pour voir courir des milliardaires) l’immense majorité des patrons de TPE et de PME qui n’ont rien de nantis, tente de s’arranger avec un Code du Travail et un encerclement administratif si complexes que ne persistent que ceux qui ont pour seule vocation l’Entreprise, hommes et femmes beaucoup plus proches de leurs ouvriers que l’immense majorité des politiques et qui ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse vivre !

Les zones déshéritées : Entre ZEP, ZAC, ZAD et banlieues des grandes agglomérations un monde qui s’urbanise de plus en plus essaie de survivre. Diversité ethnique inimaginable, carences totales de l’enseignement primaire ou des Syndicats « courageux » s’arrangent pour envoyer leurs jeunes Collègues dès leur premier poste, lieux privilégiés de tous les trafics où il faut beaucoup de courage à un jeune pour étudier avec la perspective d’un SMIC alors que ses camarades gagnent 3 fois plus en faisant le « Chouf » (! ), quartiers hors d’atteinte pour la Police, les Pompiers et même les Médecins d’où pourtant s’éveillent des vocations encourageantes. Nous fustigeons ces Cités alors que nous devrions battre notre coulpe :

Qui a attiré inconsidérément pour leur seul profit ces populations étrangères ? Qui a rompu le Contrat de travail au profit du regroupement familial ? Qui n’a rien fait pour favoriser l’intégration des immigrés par l’apprentissage de la langue, la formation à nos valeurs, le respect, la justice et la fraternité ? Qui n’ose prendre par intérêt électoraliste les mesures nécessaires en matière de lutte contre les trafics mais aussi en matière de prévention du radicalisme religieux ? Qui se moque aujourd’hui alors que l’économie a changé de nature des conditions d’emplois des jeunes issus de l’immigration rejetés aussi bien chez nous que dans leur pays d’origine ? 

Ce petit éditorial ne vise pas à répondre à toutes nos préoccupations. Il n’est qu’une bouteille à la mer qui trouvera peut-être un rivage fertile.

Oui un Front humaniste est possible : rassemblement de toutes les bonnes volontés d’où qu’elles viennent

Oui la politique a un avenir avec celles et ceux qui veulent servir plus qu’avec celles et ceux dont les dents rayent le parquet

Oui la France dans ses heures les plus sombres a toujours su trouver le sursaut salvateur qui lui manquait

Elle a aujourd’hui encore d’immenses atouts et un avenir à la hauteur de ses espérances

Il suffit que Françaises et Français, de souche ou d’adhésion récente, se retrouvent sans ces étiquettes partisanes qui dressent des cloisons mentales entre les Hommes, se reconnaissent comme Frères et Sœurs en humanité, décident de s’organiser en recherchant l’indispensable compromis entre une « Liberté qui permet d’Entreprendre » et une « Solidarité qui maintient la volonté de Vivre Ensemble »

C’est à cette tâche ingrate que celles et ceux qui veulent suivre des « Voies de Sagesse » doivent s’atteler. Notre CIU, espérons-le, peut les y aider !

A suivre…

Une initiation universaliste aux cultures et aux valeurs sociétales, scientifiques et ethiques

Pour tout renseignement, Pierre Chastanier (Président), 5 avenue de Messine, Paris 8ème